Quand Monsanto créa la bombe atomique

7 août 2013 § 5 Commentaires

On connait la multinationale Monsanto pour toutes ses « ravissantes » créations aussi inquiétantes que dangereuses, qui lui valent d’être aujourd’hui considérée comme une des entreprises les plus détestées du monde. Mais ce que l’on sait moins c’est qu’au début de la seconde guerre mondiale, Monsanto a été sollicitée par les puissances mondiales pour participer au projet Manhattan, dont l’objectif est de mettre au point l’arme la plus terrible de tous les temps. 

Image48Depuis des années, la « pire » des multinationales est la cible de vives contestations de la part de militants des droits de l’homme et de l’environnement toujours plus nombreux. En cause, des activités jugées « dangereuses » imposées à l’échelle mondiale, qui détruisent la nature et violent les plus basiques des droits humains.

Monsanto est leader mondial dans le domaine des OGM (91% des surfaces plantées dans le monde, en 2001), dont la dangerosité est mal évaluée et autour desquels il règne une grande incertitude. L’entreprise figure parmi les premiers fabricants mondiaux de pesticides et d’engrais, qui s’avèrent nocifs pour l’environnement et la santé (Il apparaît aujourd’hui que 93% des cours d’eau français en sont infestés). Elle est aussi à l’origine d’autres créations pour le moins contestées : les hormones de croissance bovine et laitière (interdites en Europe), l’Aspartame (une liste des 94 problèmes de santé qu’il provoque a été établie par le U.S. Department of Health and Human Services), mais aussi l’Agent Orange qui fut utilisé durant la guerre du Vietnam et tua entre 3 et 5 millions de civils selon les estimations. La firme est également mise en cause dans l’emploi illégal de jeunes enfants dans des pays appauvris, la dissimulation et manipulation de données d’études sanitaires, et dans des faits de fraude, corruption et conflits d’intérêts. De nombreux sites font circuler des listes des scandales provoqués au cours de ces dernières décennies. Résultat, son nom est bien connu parmi les militants et elle est aujourd’hui l’une des multinationales les plus critiquées au monde. Or, c’est la cerise sur le gâteau, Monsanto est aussi directement lié à la création de la pire arme jamais inventée : la bombe atomique.

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Retour en 1939, peu avant le début de la seconde guerre mondiale, quelques semaines seulement après les récentes découvertes sur la fission nucléaire. L’aboutissement de nombreuses années de recherches scientifiques sur les particules et les atomes, notamment grâce aux travaux de Pierre et Marie Curie et les théories d’Einstein, va démontrer la puissance potentielle de la réaction atomique en chaîne et permet d’envisager l’usage de cette énergie à travers une nouvelle arme, procurant à celui qui la possède un avantage militaire redoutable . Selon l’histoire couramment enseignée, le 2 octobre de cette année, une lettre envoyée par Einstein au président Roosevelt va convaincre celui-ci de l’intérêt de cette bombe surpuissante et l’avantage que les alliés auraient à en tirer face aux puissances de l’Axe. A l’automne 1939, le premier comité gouvernemental est créé. Afin d’empêcher une situation où l’Allemagne parviendrait à réaliser une telle bombe avant eux, ils réunissent leurs meilleurs scientifiques autour du « Projet Manhattan », dont l’objectif est de créer la première bombe atomique.

Le projet commença « modestement » mais il finit par employer plus de 130 000 personnes pour un coût total de 26 milliards de dollars (2 milliards de dollars américains de 1945 en équivalent 2013). Cela dans le plus grand secret, officiellement afin d’éviter que l’ennemi ne mène des opérations de sabotage ou qu’il ne décide d’accélérer son propre programme de recherche nucléaire. Les travaux de recherche et de production se déroulèrent dans plus de 30 sites, aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada. Les travaux de conception et de fabrication des composants furent menés au Laboratoire national de Los Alamos dans le Nouveau-Mexique. Des moyens industriels et financiers conséquents sont alors mis à disposition de nombreux physiciens de renom, dont la plupart sera Prix Nobel par la suite.

Partenariat entre Monsanto et le Gouvernement U.S.

C’est dans ce contexte qu’a lieu un important rendez-vous, au cours de l’année 1943. A Washington DC, le commandant du Manhattan Project Leslie Groves convoque Charles Allen Thomas, un dirigeant de Monsanto Company Corporation (directeur du Monsanto’s Central Research Department et plus tard président de Monsanto (1951–60)), en présence également de James Conant, président de l’Université de Harvard et chairman du National Defense Research Committee (NDRC). Tous deux demandent à Thomas de venir diriger le centre de Los Alamos avec Robert Oppenheimer, le directeur scientifique du projet Manhattan. Mais Thomas est réticent à l’idée de quitter sa ville Dayton (Ohio) et son entreprise, Monsanto (Dayton Daily News. September 18, 1983 Building the Bomb in Oakwood).

Charles Allen Thomas

Charles Allen Thomas

Après lui avoir fait jurer le secret, ils lui révélèrent le plan top-secret de la construction de la bombe atomique. Puis, après plusieurs jours de réunions et discussions, Monsanto finit par accepter cette responsabilité. Thomas décide de participer au NDRC, et le département central de recherches de Monsanto commença à travailler pour le Projet Manhattan sous contrat du gouvernement US (Harvey V. Moyer, ed., Polonium. TID-5221, Atomic Energy Commission U.S.A. 1956), sous le nom de code « Dayton Project » (Keith V. Gilbert, History of the Dayton Project, Miamisburg, Ohio, Mound Laboratory, Atomic Energy Commission, 1969).

resume

Parmi les différentes recherches envisagées (bombe à insertion ou implosion, à l’uranium ou au plutonium…), les travaux se concentrèrent finalement sur une bombe à implosion au plutonium, modèle plus complexe dans lequel la réaction en chaîne est déclenchée par l’implosion du cœur de l’arme; technique jugée à la fois plus efficace et plus sûre (Michel Rival,  Robert Oppenheimer, 1995) . Deux nouveaux groupes furent créés pour développer ce type de bombe, les divisions X (pour explosif) et G (pour gadget). Le plutonium est plus efficace que l’uranium 235 mais il doit d’abord être chimiquement séparé de l’uranium, des impuretés initiales et des produits de fission.

Polonium

Thomas est alors chargé d’extraire et de purifier le polonium utilisé dans le générateur de neutrons qui déclenche la détonation nucléaire des bombes atomiques lorsque la masse critique est « assemblée » par la force des explosifs conventionnels. Lors de la construction, la sphère de plutonium est insérée dans la sphère d’uranium (Chuck Hansen, The Development of US Nuclear Weapons, 1995) et elle possède, en son centre, une source de neutrons formée d’un mélange de polonium et de béryllium : c’est elle qui fut développée par l’entreprise Monsanto (Richard G. Hewlett et Oscar E. Anderson, The New World 1939-1946, 1962). Un timing ultra précis de l’émetteur de neutron était nécessaire afin que la bombe explose correctement.
Pour faire plus simple, synthétisons en disant que l’entreprise doit réaliser un élément de haute technologie situé au cœur de la bombe qui permet d’initier la réaction en chaîne à un moment précis pour obtenir l’effet le plus destructeur possible.

affiche

Thomas organise le projet dans le « Runnymede Playhouse », propriété de la famille Talbott située au nord-ouest de l’intersection de Runnymede Road et Dixon Avenue, dans un quartier résidentiel d’ une banlieue de Dayton, Ohio. Les Talbott étaient les héritiers de la fortune Delco (faisant alors partie de General Motors) pour lequel Thomas a été chimiste, et il était marié à Margaret Talbott. Thomas avait promis à sa belle-mère qu’il rendrait le lieu intact à la famille après la guerre, mais il n’a pas été capable de tenir sa promesse car le bâtiment fut contaminé par la radioactivité.

Runnymeade Playhouse - Unit IV

Runnymeade Playhouse – Unit IV

Dayton Sites

Ohio Environmental Protection Agency – Dayton Sites

Le projet s’étendra sur plusieurs installations au cours de la seconde guerre mondiale. Au total, il sera constitué de 4 centres (« units ») et 1 entrepôt.

Monsanto commença « l’organisation préliminaire de ce programme top-secret et le recrutement de personnel » au Département Central de Recherche en 1943, nommé « Dayton Unit I ». Il est situé au 1515 Nicholas Road à Dayton et il appartenait à la Monsanto Chemical Company depuis 1936 (Site de l’EPA – Dayton Sites – Dayton Unit I).

« Dès 1943, Monsanto utilise les installations de l’Unité 1 située au 1515 Nicholas Rd. pour organiser le projet polonium et le recrutement de personnel. » (Site de l’EPA – Dayton Sites)

unit I txt

Résumé historique des opérations de Monsanto sur les sites du Projet Dayton (PDF)

Il est utilisé pour « supporter le récent programme d’énergie atomique de la nation« , sous contrat avec le Manhattan Engineering District et la Commission à l’Energie Atomique (Atomic Energy Commission -AEC), comme indiqué sur le site de l’US Army Corps of Engineers. La firme y mène des travaux de « recherche, chimie et contrôle de qualité« , et sur « les rayons-X et la spectographie« .

Les opérations de recherche et développement progressent mais, rapidement, il devient évident que de plus vastes installations sont nécessaires pour obtenir le polonium désiré.

Dayton Unit 3

Ohio EPA – Dayton Unit III

Le gouvernement fédéral loue l’ancien « Bonebrake Theological Seminary », situé au 1601 West First Street à Dayton, pour la recherche, le développement et la production de polonium ainsi que pour l’extraction et la purification du polonium-210. Le site, désigné « Dayton Unit III » du Monsanto’s Central Research Department, est « géré par la Monsanto Chemical Company jusqu’à ce qu’il ferme en 1948 » (Site du US Army Corps of Engineers – Dayton Sites).

Batiments 4-6 - Unit III - 2012

Batiments 4-6 – Unit III (2012)

« En 1943 le gouvernement fédéral loue le site […] pour traiter le polonium-210 dans le cadre du Projet Manhattan. » (Site de l’EPA – Dayton Sites – Dayton Unit III)

Les résultats des travaux sont encourageants (Litterature Report no.1. Polonium – Unit III – Monsanto Chemical Company). Un rapport d’enquête sur les opérations de Monsanto Chemical Company indique que « selon les premières approximations, le polonium semble disposer de mille fois plus d’énergie qu’une quantité similaire de radium. » (Report on Survey on the Monsanto Chemical Company Operations).

Tous les travaux réalisés pour le Projet Manhattan à Dayton étaient secrets et les règlements de sécurité étaient très rigides. Des gardes armés étaient sur ​​place 24 heures par jour pour empêcher l’accès non autorisé au laboratoire. Les employés n’étaient pas autorisés à discuter de la nature de leur travail en dehors de leur laboratoire. En réalité, très peu savaient vraiment qu’ils travaillaient sur la bombe atomique.

Depuis ses débuts, le Dayton Project s’est étendu rapidement jusqu’à employer plus de 200 personnes en moins d’une année.

Dayton Unit 4

Ohio EPA – Dayton Unit V

A partir de 1944, une nouvelle expansion devient inévitable. Le Corps of Engineers de l’armée américaine prend en charge le « Runnymede Playhouse », pour « la recherche et le développement du polonium en appui du Projet Manhattan » (Site de l’Epa – Dayton Sites – Dayton Unit IV); plus concrètement pour la production de polonium chimique et métallurgique.

Il s’agit à l’époque du bâtiment le plus prestigieux de Dayton mais aussi celui qui offre le plus d’avantages techniques; de plus, c’est la seule structure des environs d’une taille suffisament grande et qui puisse être utilisé immédiatement. Le gouvernement invoque même une mesure nécessaire en temps de guerre.

Dock de chargement à l'Unit IV

Dock de chargement à l’Unit IV

L’installation sera utilisée pour « la recherche sur l’énergie atomique et le programme de développement » jusqu’en 1949, jusqu’à ce que le Playhouse fut démantelé en raison de son insécurité et des nombreux produits nocifs potentiellement dangereux pour la santé qui s’y trouvaient, via un arrêt de la Court (US District Court, Southern District of Ohio Civil No. 319). Les résidus furent envoyés à Oak Ridge National Laboratory, au Tennessee.

site designation

eecap.org/PDF_Files/Ohio/Dayton_Project/History/MLM_MU_80_72_0012_HIST_UNIT_I.pdf

Le « Dayton Unit II » était « un autre projet gouvernemental non relatif à l’énergie atomique » (Site de l’EPA – Dayton Sites). Toutefois, pendant les premières années du projet Dayton, « Monsanto y a exploité indépendamment une installation pour la fabrication de propulseur de roquettes ». Les explosifs manipulés incluaient du nitrate et du picrate d’ammonium. De vieux bunkers sont encore visibles sur le site, situé à l’est de la State Route 741. Monsanto a terminé cette opération autour de l’Automne 1945.

Le Dayton Warehouse est quant à lui situé au 601 East Third Street, à l’intersection des rues de East Third et Sears Street à Dayton. Il réalisait les opérations « d’analyse de la surveillance environnementale d’échantillons et des échantillons biologiques, et des études biologiques préliminaires sur l’effet du polonium-210 sur des animaux de laboratoire. » (Site de l’EPA – Dayton Sites)

Warehouse

Warehouse

Pendant plusieurs mois, « le Département de l’Énergie (DOE) utilise une partie du Dayton Warehouse pour les activités du Projet Manhattan. » Sur la base des données historiques disponibles, « Monsanto n’a pas produit de polonium 210 (Po-210) au Dayton Warehouse, et a seulement utilisé les quatrième, cinquième et sixième étages pour le Projet Dayton. Initialement utilisé pour stocker le matériel de surplus pour le projet, un laboratoire a été construit plus tard au cinquième étage. » (Site de l’EPA – Dayton Sites – Dayton Warehouse)

chercheurs

Pot de départ à l’Unit III

Les équipes dirigées par Thomas réussirent à mettre au point le générateur de neutrons à temps, qui portera le nom de code « Urchin ». Suivant le processus de création de l’arme nucléaire, après avoir été moulés les deux hémisphères du premier cœur de plutonium furent produits et livrés le 2 juillet 1945. Trois autres hémisphères seront fabriqués quelques jours plus tard.

en tete unclassified thomas

Le 16 juillet 1945, la première bombe atomique de l’histoire explose dans le désert du Nouveau-Mexique, à Alamogordo (lors de l’opération test « Trinity »), équipée d’une détente au polonium développée à Dayton par l’équipe de centaines de chercheurs et techniciens dirigés par Monsanto. Charles Allen Thomas était l’un des douze scientifiques présents dans le désert ce jour là (Preservation at Dayton, OH – Atomic Heritage Foundation, Jim DeBrosse – Dayton Daily News, 2004). Le succès de ce test marque l’aboutissement du projet Manhattan, qui aura permis au final de construire trois bombes nucléaires.

trinity

Le travail dans les unités de Dayton aura contribué de près au développement de l’initiateur utilisé dans le test Trinity et dans le dispositif de la bombe « Fat Man » qui a été larguée sur Nagasaki en 1945. 75 000 des 240 000 habitants de Nagasaki furent tués sur le coup, et au moins autant d’habitants décédèrent des suites de leurs maladies ou de leurs blessures. La bombe qui explosera à Hiroshima, dont le nombre total de morts est de l’ordre de 250 000 victimes, est quant à elle constituée d’Uranium 235.
Bien qu’il fut en apparence réalisé à titre défensif, le projet de création de l’arme nucléaire a mené à l’une des plus terrifiantes catastrophes de l’histoire de l’humanité et il en a changé le cours à tout jamais.

camion La seconde guerre mondiale a été le catalyseur d’une nouvelle ère de partenariat entre Monsanto et le gouvernement américain. Si le « Dayton Unit III » a joué un rôle dans le développement de la bombe atomique pendant la Seconde Guerre mondiale, en revanche les Units III, IV, et l’entrepôt seront surtout impliqués dans des activités de recherche et de développement dans la période d’après-guerre et dans les premières années de la guerre froide immédiatement après la guerre.

Suite au démantèlement du site de Dayton, les activités furent transférées à quelques kilomètres au Mound Laboratory, connu auparavant sous le nom de « Dayton Engineer Works » (Ohio Environmental Protection Agency. Department of Energy, Formerly Utilized Sites Remedial Action Program (FUSRAP) – Southwest Ohio: The Dayton Sites). Il devint en effet évident qu’une installation permanente était nécessaire pour mener à bien les travaux sur le nucléaire et pour « consolider » le travail déjà réalisé sur les différentes installations. Il fut nommé « Dayton unit V » jusqu’à ce que les anciennes structures de Dayton soient entièrement démantelées.

history

Les activités de ce site nucléaire « géré par Monsanto sous l’égide du gouvernement fédéral » commencèrent en 1948. Comme indiqué dans les documents du ministère de la Guerre et de la Commission de l’énergie atomique, Mound a été créé afin de consolider et de poursuivre le travail sur le polonium réalisé dans les différentes unités de Dayton, mais également sur de nouveaux projets : le radium et l’actinium, thorium, plutonium, … Il produit des détonateurs activant les explosifs dans les têtes nucléaires et effectue le traitement des composants des missiles. (Coyle et al. Deadly defense : Military Radioactive Landfills, 1988). C’est la première structure permanente appuyant le programme de recherche sur les armes atomiques. En 1978, le Mound Laboratory fut renommé Mound Facility.

« Opéré par Monsanto Research Corporation pour le DOE, sa mission est de produire les composants de missiles nucléaires, la développement des process pour le programme d’armes nucléaires et la supervision des tests des composants explosifs et nucléaires » (Nuclear Weapons Databook Series Volume III: U.S. Nuclear Warhead Facility Profiles, 1987)

mound laboratory

L’entreprise y produisit des détonateurs, cables, minuteurs, sets de mise à feu et autres equipements d’armement, ainsi que diverses activités nucléaires : traitement de composants de bombe, revente d’isotopes enrichis… Seules 25% des installations du site ne concernaient pas la défense, comme la production des « sources de chaleur » thermoélectriques au plutonium-238 appelées SNAP (Systems for Nuclear Auxiliary Power) pour le programme spatial U.S.. Jusqu’en 1996 le site fournit des isotopes stables au DOE.

perspective mound

(Liste des opérations relatives aux explosions et détonateurs)

Depuis, ce site composé de 95 batiments où travaillaient 2364 personnes (en 1983) a été classé « Superfund », entrant sous le joug d’une loi fédérale américaine visant à nettoyer les sites souillés par des déchets dangereux (Comprehensive Environmental Response, Compensation, and Liability Act (CERCLA), 1980) et mis sur la liste des priorités nationales en 1989. Le nettoyage du site a commencé en 1995 et sa fermeture est régulièrement repoussée.

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La multinationale s’impose en leader, dans des domaines variés

monsanto-companies

Après s’être intéressé à la chimie puis au business du pétrole de 1955 à 1972, Monsanto devint leader de la production d’Agent Orange pour l’armée américaine dans les années 60 et 70.

L’agent orange est l’une des plus terribles armes chimiques. C’est le surnom donné à l’herbicide (ou plus exactement dans ce cas défoliant) le plus employé par l’armée des États-Unis lors de la guerre du Vietnam. Un produit dont la firme est a l’origine (en commun avec d’autres companies: Dow Chemical, Thompson-Hayward Chemical Company, Diamond, Hercules, Uniroyal) et qui a fait de nombreuses victimes. Entre les années 1962 et 1970, les militaires US ont répandu 72 millions de litres d’agent orange sur plus d’un million de civils vietnamiens et plus de 100,000 troupes U.S. Sa formule est cinquante fois plus concentrée qu’un herbicide classique et les conséquences sur la santé se font encore sentir aujourd’hui, avec de nombreux cancers et des malformations de naissance au Vietnam, ainsi que des séquelles diverses chez nombre d’anciens combattants américains (« Who and What Is the Monsanto Chemical Corporation? » Jo Hartley, 2008). C’est une arme chimique d’une nocivité extrême. Ainsi, Cinquante ans après les premiers largages de défoliants et d’herbicides par les Etats-Unis sur le Vietnam, les sols et les eaux sont toujours contaminés.

Grâce aux profits réalisés dans le domaine de la pétrochimie, à partir de 1977 Monsanto investi dans l’industrie pharmaceutique. Puis, à la fin des années 90, l’entreprise se tourne vers l’agriculture et commence à acheter des compagnies de graines et des laboratoires génétiques.

Le documentaire « The Corporation » illustre le lobbying agressif de la firme. En 1997, elle fait pression sur Fox News pour empêcher la diffusion d’une enquête dévoilant les dangers de ses produits. Non seulement l’enquête n’a jamais été diffusée, mais ses auteurs ont été licenciés par la chaîne.

Monsanto, désormais implanté dans plus de 100 pays et l’une des plus grandes entreprises d’agrochimie mondiale, est devenue la première productrice de matières biochimiques pour l’agriculture, jusqu’à contrôler une grande partie de la chaîne alimentaire. Elle produit le best-seller des herbicides Roundup (ainsi que d’autres herbicides). C’est également la créatrice des marques de graines leader comme Dekalb et Asgrow et, surtout, elle est très impliquée dans la commercialisation de la biotechnologie nécessaire aux fermiers et entreprises de graines pour la protection contre les insectes et la tolérance aux herbicides, eux-mêmes commercialisés par la marque. monde selon MMUn phénomène inquiétant (développé dans le film Le Monde Selon Mansanto de Marie-Monique Robin) qui tend à laisser s’instaurer une dépendance irréversible des producteurs envers un distributeur unique, une pollution des sols et des organismes et l’émergence d’un véritable monopole sur les semences du monde entier par la multinationale. En 2011, près de 300 000 agriculteurs biologiques ont porté plainte « contre le « géant » agricole qui a, ces dernières années, écrasé méthodiquement l’agriculture bio indépendante« , pour faire entendre leur volonté de « tenter de garder une part du marché mondial à l’alimentation bio indépendante. » Ils accusent Monsanto de contaminer leurs champs avec des OGM; en retour, la firme se permet de les attaquer en justice pour cause de violation de brevet et d’usage illégal de ses semences…

Contourner les critiques

Monsanto est donc mise en cause dans des activités destructrices (Vietnam, projet Manhattan), elle porte la responsabilité de graves pollutions et impose son monopole au mépris des droits humains et de l’environnement. Mais en dépit des scandales sanitaires et des procès conduisant parfois à l’interdiction de ses produits, rien n’a jusqu’ici freiné l’irrésistible ascension de cet ancien géant de la chimie reconverti dans la biogénétique, depuis plus d’un siècle (sa création remonte à 1901). Monsanto a pu s’imposer dans de nombreux domaines sans être réellement inquiétée par les pouvoirs publics. Comme la plupart des sociétés transnationales habituées à dicter leurs lois aux gouvernements, l’entreprise est passée maître dans l’art du lobbying. Ses liens avec les institutions gouvernementales ne sont pas cachés et la firme a toujours bien su s’entourer (Voir Quand la diplomatie américaine était au service de Monsanto et l’article de M.-M. Robin Monsanto, encore et toujours).

En revanche, les critiques sont de plus en plus nombreuses de la part de groupes de pressions, de simples citoyens informés ou militants des droits de l’homme et défenseurs de l’environnement qui s’insurgent contre les effets néfastes résultants des activités de Monsanto, qualifiées de criminelles.

Depuis sa création, la firme a accumulé les procès en raison de la dangerosité de ses produits, « pourtant elle n’hésite pas à se présenter aujourd’hui « comme une entreprise des « sciences de la vie », convertie aux vertus du développement durable » ! s’indigne Marie-Monique Robin.
Ne pouvant nier les faits qui lui sont reprochés, l’entreprise a en effet adopté la stratégie de contournement. Selon l’article « Comment Monsanto vend les OGM« , pour les grandes firmes du domaine, en premier lieu Monsanto, « il ne s’agit pas de prouver que leurs produits ne présentent aucun danger, mais de les promouvoir comme autant de remèdes aux problèmes de malnutrition et de santé publique du tiers-monde et, surtout, comme une solution de rechange à un péril, certes bien réel, celui des pesticides.
Avec des campagnes publicitaires minutieusement élaborées et massivement financées, elles espèrent bien « retourner » les esprits récalcitrants.« 

« D’où la prolifération des « codes de bonne conduite » et autres « chartes éthiques » dont elles se dotent pour occulter ce qui reste leur unique objectif : garder les mains libres à l’échelle planétaire en vue de créer toujours plus de « valeur » pour l’actionnaire.« 

Pourquoi Monsanto s’intéresse tout à coup au problème de la faim dans le monde au point de se donner des allures d’organisation humanitaire ? S’agit-il d’une opération de greenwashing, le « blanchiment écologique » destiné à camoufler la majorité de ses activités « mauvaises » derrière une minorité « bonne » qui n’est pas représentative de son ensemble ?

De la même manière, si Monsanto devait aujourd’hui s’exprimer à propos de la création de l’arme la plus dangereuse jamais inventée, nul doute qu’il revendiquerait sa participation avec fierté en revendiquant le nombre de vies imaginaires qui sont sauvées grâce à la mystique « force de dissuasion ».

Quoi qu’il en soit, on comprend que la marque n’a pas intérêt à voir resurgir son sombre passé d’apprenti sorcier nucléaire au Dayton Project, ni pendant les décennies suivantes au service de l’armement militaire. L’information circule mais reste trop peu connue, même au sein de professionnels du secteur et des militants concernés. Son impact semble assez faible, au regard de l’énormité de la chose. Elle est passé sous silence dans les médias de masse traditionnels -sans grande surprise- et seuls quelques uns des sites internet engagés ont repris l’information. Le Grand Soir s’étonne de ces pratiques « dans des segments dans lesquels on ne s’attend pas du tout à trouver une société commercialisant des denrées alimentaires« . Agoravox est l’un des rares à également  établir le lien entre « la firme, à l’instar de Goldman Sachs » et « les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki« , dans un article éclairant sur « les sombres coulisses de la première bombe atomique. » Libération évoque bien le « mystérieux Projet Manhattan, nom de code de l’opération secrète menée aux Etats-Unis pour mettre au point la bombe A. C’est ce projet qui formalise, toujours dans un secret absolu, l’alliance entre le monde scientifique, les industriels (Monsanto, Dupont de Nemours…), et la puissance militaire. » dans un article du 12 octobre 2011 sans trop entrer dans les détails. En revanche, dans son article « Monsanto, un demi-siècle de scandales sanitaires », Le Monde ne touche pas mot sur cette période très sombre de l’entreprise. L’histoire de Monsanto ne semble commencer qu’au lendemain de la guerre. Y aurait-il prescription avant cette date ?  Quelques sites à plus faible audience relaient l’information. Les éléments qui permettent de vérifier la véracité des informations sont, par ailleurs, facilement accessibles.

C.H.

Sources : 

US Army Corps of Engineers – Dayton sites

Environmental Protection Agency – Department of Energy
Formerly Utilized Sites Remedial Action Program (FUSRAP) – Southwest Ohio – The Dayton Sites

EECAP : EEOICPA Dayton Project Bonebrake, Runnymede, Unit 1, Unit 3, Unit 4, Warehouse, Monsanto, Army Corps, DOE, DOE, EPA,NIOSH, Documents

Energy.gov – Office of Legacy management – Dayton Project Units

Cdc.gov/niosh Department of Health and Human Services
Centers for Disease Control and Prevention
National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) – Monsanto

Résumé historique des opérations de Monsanto sur les sites du Dayton project (PDF)

Keith V. Gilbert, History of the Dayton Project, 1969

EPA – The Dayton Sites (PDF)

Nuclear Weapons Databook Series Volume III: U.S. Nuclear Warhead Facility Profiles. 1987

Coyle et al. Deadly defense : Military Radioactive Landfills, 1988

National Ressources Defense Council – Mound Facility (PDF)

Alliance for Nuclear Accountability – Mound Facility (PDF)

Child Labour and Trans-National Seed Companies – India Committee of the Netherlands – Coton seed production

Atomic Heritage Foundation

Mound Museum Association

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§ 5 réponses à Quand Monsanto créa la bombe atomique

  • Nean J. dit :

    j’en avais entendu parler, donc c’est pas une blague… merci pr l’article, bien fourni
    Cdt.

  • Bouillon dit :

    très bon rapport j’avais vu une émission sur la television belge francophone qui disait la même chose et parlais du lobbying intense de monsanto a la commission européenne!!

  • tellthepeople dit :

    Merci ! Auriez-vous le nom de l’émission ou même un lien ? Afin de l’ajouter éventuellement à la section vidéos

  • F.S-MV dit :

    Synthèse à forte valeur ! Beau travail et bonne continuation.

    La rédaction Militantvibes

  • Nicolas dit :

    Voici une rédaction qui mérite d’être relayé à un Maximum de Monde !! Merci pour vôtre Analyse et vos écrit :-)

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