Citation : «On croit mourir pour la patrie : on meurt pour des industriels.»

11 décembre 2012 § Poster un commentaire

(Anatole France, L’Humanité, 18 juillet 1922)

«On croit mourir pour la patrie : on meurt pour des industriels.»

Extrait d’un échange entre Henri Schneider ( l’industriel) et Jules Huret en 1896
in Georges DUBY – « Histoire de la France des origines à nos jours » – Larousse

« Les crises sont un mal nécessaire, on n’y peut absolument rien! La production dépend de la mode, ou d’un courant dont on ne peut prévoir ni la durée ni le développement[…]
Il y a quelques années, lorsque M.de Freycinet, étant ministre des Travaux publics, voulait créer partout des chemins de fer, une foule de métallurgistes se sont mis à produire et à surproduire des rails et tout ce qui est du matériel de traction. M.de Freycinet a disparu, et tous les travaux faits à l’avance sont restés pour compte aux producteurs! Aujourd’hui, tout est au militaire, on ne fait que des canons en acier et des plaques de blindage; demain, ce mouvement peut s’arrêter pour une cause ou pour une autre […] Donc, pléthore sur le marché, arrêt dans le travail, chômage, chômage forcé, fatal! »Oui, dis-je, saisissant la balle au bond, avez-vous pensé à l’éventualité du désarmement au point de vue de votre industrie? »
M.Scneider répondit:
« Oh! ce serait un grand malheur…Je ne sais pas ce qu’on ferait. »
Puis après une courte réflexion:
« Après tout, il y aurait peut-être équilibre. Les cinq cent mille hommes que nous nourrissons, vous et moi, à ne rien faire, se trouveraient sans emploi du jour au lendemain; ils viendraient faire la queue à la porte des usines, offrir leurs bras au rabais; ça ferait baisser les salaires, et nous n’aurions plus à payer les vingt sous par jour qu’ils coûtent à chacun…
-L’intervention de l’Etat?
-Très mauvaise! très mauvaise! Je n’admets pas du tout un préfet dans les grèves; c’est comme la réglementation du travail des femmes, des enfants; on met des entraves inutiles, trop étroites, nuisibles surtout aux intéressés qu’on veut défendre; on décourage les patrons de les employer et ça porte presque toujours à côté.
-La journée de huit heures?
-Oh, je veux bien, dit M.Schneider, affectant un grand désintéressement, si tout le monde est d’accord, je serai le premier à en profiter, car je travaille souvent moi-même plus de dix heures par jour(…). Seulement les salaires diminueront, ou le prix des produits augmentera, c’est tout comme!
Au fond, voyez-vous,la journée de huit heures, c’est encore un dada, un boulangisme. Dans cinq ou six ans, on n’y pensera plus, on aura inventé autre chose. Pour moi, la vérité, c’est qu’un ouvrier bien portant peut très bien faire ses dix heures par jour, et qu’on doit le laisser libre de travailler davantage, si ça lui fait plaisir.
-En résumé, que croyez-vous qu’il soit bon de faire, étant donné la situation présente?
-L’Encyclique! Lisez l’Encyclique!
[…] »

Publicités

Tagué :, , , , , , , , , ,

Les commentaires sont fermés.

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement Citation : «On croit mourir pour la patrie : on meurt pour des industriels.» à Tell The People.

Méta