Et pourtant nous avons les capacités pour y arriver

20 mars 2012 § Poster un commentaire

Développer notre pays le Benin  est à la portée des 9 millions de citoyens béninois. Et  si ce n’est pas encore le cas c’est parce que nous ne le souhaitons pas encore ardemment.

Paysan au milieu de sa récolte de coton

paysan au milieu de sa récolte de coton

1er Point : L’arrêt de la monoculture de rente cotonnière et le renforcement de nos échanges commerciaux avec nos voisins.

La décision douloureuse et courageuse serait d’éliminer progressivement la culture de rente cotonnière. Le coton ne permet pas de mettre en place une vraie économie agricole et industrielle. A l’échelle mondiale la production cotonnière béninoise est un volume marginal (2% des exportations mondiale source FAO). La sortie du coton actuel se fera progressivement. Notre objectif premier après l’autosuffisance alimentaire est d’avoir au minimum 50% de nos échanges commerciaux avec le Nigeria ; le Niger ; le Burkina le Togo et au moins  70% avec l’Afrique de l’Ouest et  enfin les 30% restant avec les autres pays africains et le reste du monde. Ce  choix économique et politique nous rendra moins dépendants des « amis » historiques  occidentaux et de nos nouveaux « amis » les asiatiques.

2ème Point : Faire du port de Cotonou un port majeur pour nos voisins

Que le gouvernement d’une nation de plus de 9 millions de citoyens tire plus de 60% de ses recettes d’un petit port inefficace qui ne figure pas parmi les 50 premiers d’Afrique et du Moyen Orient relève du suicide collectif. L’attractivité de notre port est faible pour les transporteurs marins car les bateaux qui repartent du Benin le font presque toujours avec  des cales et containers vides. Le flux containers est essentiellement un flux entrant et cela explique en partie le cout de transport maritime à destination du Benin. Une nation de 9 millions d’âmes ne peut se construire sur deux fondations aussi fragiles qu’un petit port et du coton brut revendu sans aucune valeur ajoutée. Et notre port vu la taille de notre économie devra plutôt être orienté vers le désenclavement effectif et non théorique du Niger et du Burkina et le désengorgement des ports nigérians.

3ème Point : Posons-nous des questions simples.

Que transformons-nous ? Que produisons nous ?  Qu’offrons nous sur les marchés ouest africain ; africain et mondial ?  A quel produit de mère nature ajoutons-nous une quelconque valeur avant de le vendre. Aviez-vous jamais vu du gari ou un autre produit made in Bénin à l’étranger ?

4ème Point : Les infrastructures squelette de tout développement sincère véritable

Pour pouvoir produire et offrir nous devions avoir en place les infrastructures adéquates. Nos infrastructures sont primitives. Nous n’avions pas de routes de qualité ; de réseau électrique national ; pas de couverture téléphonique nationale ; pas de lignes téléphoniques fixes dans chaque maison; dans l’administration et les entreprises ;  pas de réseaux ferrés ; pas de canalisations ; pas de réseaux d’égouts ; pas de systèmes d’épurations ; pas de systèmes de tri de déchets ; pas de connexion internet haut débit ; pas d’eau potable. Aucun peuple ne peut utiliser son potentiel quand il végète dans des conditions de vie approximative. L’être humain a besoin d’un minimum pour s’épanouir. Un pays densément « réseauté » attire les gens (investisseurs ; chercheurs ; étudiants ; touristes).

5ème Point: Retourner à l’école du savoir pratique et surtout du savoir faire  adaptés au Benin

Les béninois avions beaucoup à apprendre des autres peuples : les « yovos » les asiatiques les latinos les autres pays africains. Il y a suffisamment de nations plus avancées économiquement dont nous pourrions apprendre en commençant dans la sous région ouest africaine.  En toute modestie nous devons apprendre des autres pays et africains qui avancent mieux que nous en gardant toujours en tête que nous resterons béninois. Le génie béninois et le vrai travail intellectuel consisteront à traduire en langage local béninois adapté à notre réalité ce que l’étranger nous offre comme sciences et expériences. Car en 2012 le coton et PAC seuls ne suffisent plus.

6ème Point : Réappropriation de la culture béninoise et de la beninoiserie.

Que faisons-nous de notre culture ? Nous la critiquons souvent. Le terreau sur lequel  pousse une (toute une plutôt) toute nation est sa culture.  Et dans  notre culture béninoise quels sont nos traits particuliers qui font de nous des béninois? Par exemple une méfiance naturelle et générale et au lieu de passer notre temps à critiquer ce trait  essayons de mieux le comprendre et surtout d’en tirer profit. Ce trait de caractère est par exemple utile dans la recherche scientifique. L’être méfiant est également très attentif au détail et méthodique dans sa démarche. Nous avions horreur des armes et recherchons toujours le consensus. Nous évitons la prise de risques. Ces traits sont proches de ceux observés dans la gestion de patrimoine. Ceci n’est pas un appel national à devenir  tous  chercheurs ou banquiers. Embrassons nos particularismes béninois sans en rougir, exploitons-les. Qui a décrété que la beninoiserie ne devait être qu’obscurantisme, et non unicité?

7ème point : Assimilation des valeurs étrangères

Mais ne soyons pas prétentieux, il y a des valeurs étrangères que nous pouvons copier. Le goût du risque des nigérians; la politesse et l’ardeur au travail des burkinabais ;  le sourire des togolais et leur très grande ouverture sur le monde ; l’envie de se surpasser des ghanéens; le sphinx nigérien capable de se relever après un coup d’état pour ensuite organiser d’une élection sérieuse sous les tropiques. Il n’a aucune honte à assimiler ce qui se fait de bien ailleurs. Nous n’avions pas besoin d’aller au Japon pour comprendre la valeur du travail, le sens de l’honneur et l’ardeur à la tâche. Il y a moins de 100ans nos ancêtres avaient déjà intégré ces valeurs dans leurs vies; nous les avions juste oubliées. Et nous avions également oublié que pour nos ancêtres leurs femmes étaient leurs égales

Le rôle de la femme

8ème point: Les béninoises nos égales et nos partenaires

Les béninoises ont la débrouillardise dans le sang car beaucoup d’hommes béninois ont des rapports durs et parfois mesquins avec leurs femmes béninoises. Cela force ces dernières à apprendre la survie et s’adapter aux environnements hostiles. Elles sont nos égales et une main d’œuvre de qualité disponible Continuer à ignorer cette main d’œuvre n’est que folie.

9ème Point : Le syndrome du petit chef

Le syndrome du petit chef souvent observé dans notre société porte en lui les gènes de la rancune et la frustration. Et aucune harmonie même à l’échelle de la cellule familiale ne peut éclore dans cette ambiance. Tout dirigeant intelligent ne devra jamais se prendre pour l’oxygène du Benin. Nos leaders devront prendre le recul nécessaire par rapport au pouvoir temporel que nous leur confions ou qu’ils confisquent.  L’exemple devra toujours venir d’en haut. Malheureusement au Benin le bon exemple est rare.  Un peuple a besoin de leaders de qualité pour espérer un avenir moins sombre que son présent. Nous sommes des wagons attachés à une locomotive qui est la classe dirigeante de cette nation. Et lorsque la locomotive vétuste dangereuse et bruyante émet beaucoup de fumée nous prions pour arriver à la gare et la remplacer par une nouvelle puissante locomotive moins polluante et respectueuse des passagers et de l’environnement. Et si a la prochaine gare il n’y a pas de locomotive ou si la locomotive proposée plus faible qu’allons nous faire ? L’apparence d’une locomotive n’est pas la garantie d’un solide moteur puissant. La gestion du risque (risk management) sert à gratter la peinture.

10ème Point : La gangrène de l’impunité

La cachoterie ne nous mènera pas loin. Que font nos dirigeants avec les deniers des béninois qui leur ont été confiés ? Le comptable d’une entreprise n’est pas forcement le propriétaire et la caisse appartient aux actionnaires que sont les béninois. Le chef comptable notre président et son gouvernement ainsi que tous les élus à chaque niveau doivent rendre des comptes aux béninois sur la gestion des maigres ressources financières des béninois

11ème point : Notre plaie nationale, la corruption

L’impunité couplée à la recherche du gain facile forme une alliance destructrice. Nous aimons l’argent facile et nous sommes corruptibles et toutes les marches contre la corruption et tables rondes n’y changeront rien. La corruption est le cœur et l’essence même de notre nation.  La corruption est notre mode de vie. Qu’elle soit marginale nous comprenons mais quand toute la société béninoise vit de la corruption elle ne peut s’épanouir. Aucune nation n’y est arrivée et nous ne serons pas les premiers à le réaliser.

12ème point et dernier point: Notre destination et comment y arriver

Enfin mes chers compatriotes où allons vraiment dans ce beau pays ?

Quel est notre but en tant que nation?

Quelle est notre destination et quelle carte avions nous en main pour nous y rendre et qui peut nous guider pour y arriver et comment y arriver ?

Dans chaque secteur que nous souhaitons développer quels sont nos atouts ; nos limites avec quelle main d’œuvre y arriverons-nous ?

Où sont les objectifs à 5 ans, à 10 ans, à 20 ans, à 30 ans, à 50 ans du  Benin ?

Nous devons passer à l’étape du détail pour identifier clairement les responsabilités. Que nos leaders partagent avec nous la direction qu’ils ont décidé de prendre pour que le Benin avance. Sans destination précise sans carte pour s’y rendre nous faisons du surplace. Que les dirigeants partagent avec tous les acteurs sociaux et les béninois les objectifs à court (années 2012 ; 2013) à moyen terme (prochaines élections présidentielles) et à long terme (5 a 50ans). Ensuite que tout le monde y inclus les béninois s’entendent sur la feuille de route âprement négociée de notre développement.   Nous saurons exactement qui s’occupe de chaque tâche. Un responsable des objectifs et un délai précis seront définis ensemble. Après tout nous sommes des artistes du consensus si nous arrivons à faire le consensus après chaque élection même calamiteuse nous pouvons le faire autour de la feuille de route de notre développement. Car qui dit développement parle du destin de 9 millions de citoyens et non d’un fauteuil même présidentiel. Remettons chaque élément à sa place selon son importance : un fauteuil reste un fauteuil et 9 millions de béninois restent 9 millions de vies humaines.

Pour conclure

Nous n’avions pas besoin d’inventer la roue mais de simplement l’adapter à nos sentiers béninois. Le chemin que nous refusons de prendre plusieurs pays l’ont emprunté et avec beaucoup de succès à défaut d’être créatifs essayons d’être de fins imitateurs.

/ Aladji Ahovi, 18 Mars 2012

http://www.beninactu.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1518%3Aopinion-et-pourtant-nous-avons-les-capacites-pour-y-arriver&catid=35%3Abreves&Itemid=54

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