La conscience politique des jeunes aurait-elle baissé depuis Mai 1968 ?

20 mars 2012 § Poster un commentaire

Quarante ans après Mai 1968, la conscience politique des jeunes a baissé. Certains ne se préoccupent même pas des problèmes de notre société. Les politiques actuelles, soutenues par les médias, aurait-elles réussi à rendre aveugles les jeunes sur ces problèmes ? Devraient-ils continuer à faire preuve de mutisme sur ces questions qui les concernent ?

Je ne suis pas vraiment certain que la conscience politique des jeunes ait baissé. Il n’est qu’à voir la mobilisation récente contre le CPE pour s’en convaincre. Mais cette conscience a évidemment changé de forme et notre environnement médiatique, politique, institutionnel n’y est pas étranger.

Je crois qu’aujourd’hui, les jeunes générations sont inquiètes. Elles ont toutes les raisons de l’être : le monde est mal en point. Nous l’avons malmené et usé jusqu’à la corde. Nous découvrons trop tard les dégâts que nous avons faits. Nous découvrons aussi les conséquences terribles de l’égoïsme des privilégiés. Nous découvrons, enfin, que nous ne disposons pas de solutions pour bien des problèmes que nous rencontrons. Et nous devons en rabattre de notre superbe : jusqu’ici, nous étions plus ou moins persuadés, selon la formule optimiste de Marx, que « l’humanité ne pose que les problèmes qu’elle peut résoudre » ; nous savons aujourd’hui que, malheureusement, il y a bien des problèmes que nous ne savons pas résoudre. Ainsi, toutes les enquêtes montrent que, loin d’être indifférents, les jeunes sont très préoccupés par l’avenir de la planète. D’ailleurs, les associations, les publications, les films écologiques et humanitaires touchent beaucoup les jeunes… Même s’ils ne savent pas toujours très bien comment ils peuvent agir, ni, même, s’ils peuvent agir. Devant l’importance des enjeux mondiaux liés aux conflits, à la pauvreté, à la famine, ils se sentent dépassés. Et on le serait à moins.

A l’autre bout de l’échelle, les jeunes sont très inquiets de leur avenir personnel. Ils savent que rien ne sera facile pour eux, que la précarité les guette et qu’elle risque de les toucher tant sur le plan professionnel que personnel. Ils voient bien que la société exalte les gagnants et se moque du « maillon faible ». Ils constatent que le jeu social devient de plus en plus proche des émissions de telé-réalité : on s’aime, mais on n’hésite pas à poignarder ses amis pour prendre leur place. Et ils se sentent démunis devant tout cela : ils le désapprouvent majoritairement, je crois, mais se sentent piégés et obligés de participer malgré eux à une course inhumaine et truquée.

Ainsi les jeunes sont pris entre deux dimensions opposées sur lesquelles ils ont envie d’agir, mais n’ont pas l’impression de pouvoir le faire : notre destin collectif, d’un côté, et leur destin personnel de l’autre.

Pour que la conscience politique des jeunes puisse se révéler et s’exprimer, il faudrait faire exister des lieux intermédiaires de militance possible, à taille humaine. Des lieux où les jeunes puissent s’organiser et avoir les moyens d’exercer un certain pouvoir. Un pouvoir accessible et utile. Il faut des lieux et des cadres pour discuter, voire se disputer, et avoir prise sur quelque chose… Or, la société n’a pas fait du développement de ces lieux une priorité. Tout au contraire. Les jeunes sont cantonnés dans des pratiques très individuelles qui organisent la concurrence, à l’école comme devant l’ordinateur. Dans le domaine médiatique, les jeunes sont traités essentiellement comme des consommateurs : c’est un marché sur lequel les industriels sont très « agressifs ». Partout on les utilise, mais rarement on leur demande leur avis sur des questions importantes. Même au lycée, les délégués peuvent parfois obtenir un banc sous le préau, mais très rarement agir sur l’organisation des emplois du temps, le calendrier des contrôles ou l’équilibre du travail individuel et du travail collectif au sein des cours eux-mêmes. Les jeunes sont cantonnés dans des positions de caution ou de contestation qu’on leur reproche ensuite. Au lieu de les associer, de manière constructive, à tous les échelons de la vie de la Cité, on les marginalise et on leur reproche ensuite de se contenter de « profiter et de râler ».

Je ne crois pas que les jeunes soient mutiques. Je crois qu’ils sont souvent hypnotisés, parfois tétanisés, très souvent seuls et inquiets. Il faut que notre société leur fasse une vraie place. Et qu’ils se battent pour l’obtenir.

Je suis inquiet aujourd’hui de deux choses : du monde que nous laisserons aux jeunes et des jeunes que nous laisserons au monde. Mais je fais confiance aux jeunes. Parce que je sais que, quand on leur fait confiance vraiment, ils ne nous déçoivent jamais.

/ Philippe Meirieu

Réponse au collectif lycéen des Vosges :

http://collectiflyceenlll.skyrock.com

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