Temps de cerveau disponible

17 mars 2012 § Poster un commentaire

« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ‘business’, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit.

[…]

Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.

[…]

Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise…

[…]

La télévision, c’est une activité sans mémoire. Si l’on compare cette industrie à celle de l’automobile, par exemple, pour un constructeur d’autos, le processus de création est bien plus lent ; et si son véhicule est un succès il aura au moins le loisir de le savourer. Nous, nous n’en aurons même pas le temps ! […] Tout se joue chaque jour sur les chiffres d’audience. Nous sommes le seul produit au monde où l’on ‘connaît’ ses clients à la seconde, après un délai de vingt-quatre heures. »

La polémique fut relayée notamment par Les Guignols de l’info et plus globalement par les opposants au leadership de TF1 sur l’audiovisuel français. Ceux-ci reprirent les propos sous la forme raccourcie « Notre boulot, c’est de vendre à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible », mettant en parallèle TF1 et les world companies.

Patrick Le Lay donne quelques explications10 dans un entretien pour Télérama en septembre :

« Ce n’était pas une interview officielle. Le MEDEF m’avait appelé en me disant : on interroge des dirigeants d’entreprise sur le changement et le mouvement. Je ne me souviens plus précisément de cet entretien, mais, comme souvent, j’ai dû parler deux heures à bâtons rompus et tenir ces propos pendant la conversation.
Je ne reconnais cependant pas le métier de TF1 dans cette formule et je ne me retrouve pas dans les propos qu’on me prête : on me transforme en marchand de cerveaux !

Je reconnais que cette formule était un peu caricaturale et étroite. Mais, encore une fois, c’était une conversation et j’ai l’habitude de forcer le trait pour faire comprendre les concepts11.

Le métier de TF1, c’est l’information et le programme (fiction divertissement, sport, magazines de découverte). Nous sommes une grande chaîne populaire et familiale dont l’objectif est de plaire à un maximum d’audience. Nous vivons de la publicité, mais ce sont nos clients qui mettent au point les spots que nous diffusons. En réalité, que vendons-nous réellement à nos clients ? Du temps d’antenne.

La logique de TF1 est une logique de puissance. Nous vendons à nos clients une audience de masse, un nombre d’individus susceptibles de regarder un spot de publicité.

Pour les annonceurs, le temps d’antenne ne représente rien d’autre que des contacts clients. De l’attention humaine. En particulier celle de la fameuse ménagère de moins de 50 ans, largement décisionnaire dans les achats de produits alimentaires, entretien ménager et de beauté. »

Et il analyse ainsi les rapports entre culture et audimat :

« On ne vit plus qu’avec les chiffres de l’audimat. […]. Passer une émission culturelle sur une chaîne commerciale à 20 h 30, c’est un crime économique ! C’est quand même à l’État d’apporter la culture, pas aux industriels. » 9 septembre 1987, Libération.

En 1986, lors de l’audition pour la reprise de TF1 qui venait d’être privatisé par le gouvernement Chirac, il déclarait :

« Le projet de reprise de TF1 que nous vous présentons aujourd’hui est bâti autour de quelques idées simples. Tout d’abord respecter le téléspectateur. […] En second lieu, nous avons cherché à donner une dynamique nouvelle à la création française. Faire absorber au public français des séries américaines, ce n’est pas une fatalité. […] Je crois que le fonds de commerce, la réputation d’une chaîne, elle est faite bien sûr de son audience, mais elle est faite aussi de sa réputation. Et une chaîne de télévision qui prétend être la première en France ne peut pas le rester uniquement sur la diffusion des programmes les plus simples à absorber.[…] La culture française est menacée, c’est vrai. Mais la culture française doit résister. Parce que la culture, elle exprime le besoin et le désir de vivre ensemble, parce que la culture exprime une vraie communauté de mémoire, une vraie communauté de projet. »
/http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Le_Lay
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