Discours et propagande

16 mars 2012 § Poster un commentaire

Le cinéma : un outil de propagande pour faire accepter la guerre(Seconde Guerre mondiale)

Table des matières :

Convaincre que l’on est dans son bon droit
Stimuler l’esprit combatif
Rassurer la population
Préparer la revanche
Dénigrer l’ennemi
Ridiculiser le camp opposé
Dénoncer la félonie de l’adversaire
Appeler à la haine en suscitant horreur et dégoût
Faire rallier les neutres à sa cause
Montrer que l’ennemi ne s’arrêtera pas là
Solliciter de l’aide en mettant en avant son propre sacrifice
Exhorter les neutres à choisir leur camp

Le cinéma, déjà connu comme vecteur de la propagande pendant la Grande Guerre1, ne fut vraiment utilisé massivement par les institutions politiques dans ce but qu’à partir des années 1930 et surtout pendant le Second conflit mondial par les deux camps. Si les journaux et les affiches étaient les principaux convoyeurs de la propagande entre 1914 et 1918, les progrès technologiques allaient vite amener au premier plan la radio et le cinéma tout au long de la guerre suivante. Nous proposons d’analyser et de comprendre le ou les messages contenus dans une sélection de films cinématographiques réalisés pendant les années 1930 et au tout début des années 1940 ayant pour objectif de faire accepter au public l’idée d’entrer en guerre.

Tout d’abord, il nous semble opportun de rappeler quelques définitions indispensables concernant la propagande, puisqu’elles semblent différer selon les utilisateurs2. La Propagande est l’un des outils utilisés dans le cadre des Opérations spéciales, ou Guerre subversive, menées à bien par le pouvoir politique et les forces armées. Ces Opérations spécialescomprennent, mais pas seulement, ce que les militaires nomment lesOpérations psychologiques. Ces dernières intègrent et différencient lesActions psychologiques, destinées aux amis, et la Guerre psychologiquequi est, quant à elle, dirigée vers l’ennemi. Ceci étant posé, définissons l’Intoxication qui est l’action directe qui consiste à tromper l’ennemi en lui distillant de fausses informations. Cette Intoxication peut ou peut ne pas utiliser la Propagande comme outil. Des espions ou agents doubles, voire triples peuvent très bien suffire. Maintenant, mettons-nous bien d’accord sur les différences terminologiques de la Propagande, lorsqu’elle se décline en « couleurs ». Pour les Anglo-Saxons et gens en uniforme de tous pays, la Propagande Blanche peut être dirigée vers tous types de cibles (amis, neutres ou ennemis), mais décline clairement, implicitement ou explicitement, son origine, la source ne devant faire l’objet d’aucun doute chez le récepteur.

La Propagande Grise, pour sa part, est également dirigée vers toutes cibles, mais laisse le récepteur dans l’incertitude quant à sa source. Pour terminer, la Propagande Noire, principalement émise en direction de l’ennemi, mais pas seulement, prétend tout simplement être issue par ce dernier, en vue de le déstabiliser, de l’intoxiquer et de saper son moral. Pour les autres, moins informés, le lecteur me pardonnera, la propagande se contente de deux couleurs, la blanche et la noire. La première est dirigée vers les amis, ce que les membres du groupe précédent nommentAction psychologique, et la dernière vers l’ennemi, ce que nous appelonsGuerre psychologique3. Nous nous efforcerons dans cette étude de respecter la terminologie militaire, ou anglo-saxonne pour clarifier nos explications, bien que chaque définition soit légitime et respectable selon les utilisateurs concernés. Pour illustrer ces lignes destinées à bien faire comprendre au lecteur la terminologie utilisée et la nature des opérateurs, rappelons ce que le Général britannique Wavell disait en 1942 :

«  Pour mener à bien ces missions (de guerre subversive), les postulants doivent être originaux,  ingénieux, ayant des vues militaires non conformistes et doués d’un sens pervers de l’humour, donc certainement bons pour l’intoxication. »

[…]

Convaincre que l’on est dans son bon droit

En démocratie, les dirigeants librement élus par le peuple qu’ils représentent ont le pouvoir de déclarer la guerre ou bien de décider d’attaquer tel ou tel ennemi réel ou supposé. Ce même peuple, quant à lui, n’a en général d’autre choix que de subir ou bien d’accepter les décisions de ses édiles, auxquels il a témoigné sa confiance en passant par les urnes. Les modalités de déclaration de guerre peuvent différer d’une nation à l’autre en fonction du système politique mis en place. La constitution américaine, par exemple, ne permet qu’au Congrès4 de déclarer la guerre à un autre Etat souverain, ce qui a déjà causé problème plusieurs fois lors de conflits récents5. En effets, dans ces derniers cas, le pouvoir exécutif6n’a eu d’autre ressource que de convaincre directement le Congrès, ou encore indirectement celui-ci par l’intermédiaire de la nation dûment préparée7, pour ne pas dire propagandée, qui a pu de fait influencer les décisions du pouvoir législatif8.

Un pouvoir en place peut également faire légitimer ses actions en faisant appel à un référendum qui consolidera  sa décision9. Lorsque la politique mise en œuvre par des dirigeants s’écarte trop des aspirations populaires, et dans le cas où ces derniers n’ont pas pris soin de bien informer et expliquer leurs intentions à leurs administrés, le couperet tombe ; soit obligation leur est faite de changer leur fusil d’épaule, bien souvent au travers d’un remaniement ministériel, ou bien c’est la révolution. Dans une démocratie, le peuple a toujours le dernier mot, à un moment ou à un autre, nous pouvons en être heureux. Contrairement aux apparences, cela n’est pas si différent dans les systèmes monarchiques ou dictatoriaux. Cela prend simplement plus de temps. L’Histoire de l’humanité regorge d’exemples depuis l’aube de la civilisation. En effet, le totalitarisme n’a jamais duré bien longtemps et si l’on considère simplement les différents régimes du vingtième siècle, force est de constater que le Reich millénaire n’a duré qu’un peu plus de douze ans, le fascisme italien environ deux décennies, le franquisme espagnol une quarantaine d’années et pour finir, le communisme soviétique à peine trois quarts de siècle. Il en va de même  pour les monarchies où qu’elles se trouvent. Là encore, les exemples sont légion quant on regarde de près les seuls pays européens du siècle dernier, avec la chute des Romanov, des Habsbourg et des Hohenzollern10, pour ne pas évoquer la Révolution Française, plus ancienne et dont il n’est pas nécessaire de retracer l’histoire.

Ces lignes nous amènent à réfléchir aux raisons qui font qu’un régime parvient à se maintenir en place souvent plus longtemps que de raison, une fois parvenu aux plus hautes sphères du commandement. Des gouvernants peuvent très bien se faire élire ou réélire, tout à fait démocratiquement11, ou bien accéder aux rênes du pouvoir par le biais d’un coup d’Etat12 ou grâce aux désordres dus à un événement brutal et inattendu comme ce fut le cas pour l’avènement du Maréchal Pétain, suite à la défaite de la France face aux  Allemands en juin 1940. Ainsi nous verrons dans quelle mesure le cinéma a pu se tailler une part de choix comme outil majeur de la propagande politique.

/ Nicolas Mettelet

Texte intégral : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=629

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